Notman au musée McCord

Lors du cours du 26 septembre, nous avons mentionné les œuvres de William Notman, disponibles via le site web du musée McCord.  Notman est un artiste de la photographie, il s’est intéressé plus particulièrement à la ville de Montréal à la fin du XIXe siècle.  Pour qui se passionne de photographies anciennes, Notman est un véritable monument.  Notons que certaines de ses photographies ornent les murs du département d’histoire au 6e étage du pavillon Aquin.

Malgré l’importance de l’œuvre de ce photographe, il faut faire preuve de débrouillardise pour profiter de ce travail exceptionnel.  En effet, les photographies de Notman sont disponibles à l’intérieur de publications qui sont extrêmement difficiles à trouver.  Même la publication la plus récente qui reprend certaines des photos de Notman (D’après Notman : regards sur Montréal, un siècle plus tard) distribuée en 2003 n’est plus disponible en magasin.  Quelques bibliothèques municipales et institutions d’éducation (cégeps et Universités) l’ont en stock.  Les publications plus anciennes sont encore plus difficiles, voir impossibles à se procurer.

Nous touchons ici à un des avantages des humanités numériques, soit la possibilité d’avoir accès à des œuvres rares.  En ce sens, l’initiative du musée McCord est particulièrement intéressante.  Le musée met en ligne une série de duos de photographies représentant Montréal à un siècle d’intervalle.  Ceci correspond au contenu du livre mentionné plus haut.  Cependant, l’initiative du Musée McCord trouve toute sa valeur dans le fait que l’on amène l’expérience beaucoup plus loin.  Les duos de photographies sont accompagnés de références, de textes et d’images qui ajoutent à la qualité de l’expérience.  En plus, lorsqu’on place le curseur sur une photographie, un extrait sonore nous propulse dans une ambiance représentative de l’image.

Ainsi, une utilisation intelligente des caractéristiques du monde numérique peut non seulement permettre à des gens moins fortunés ou habitant très loin d’avoir accès à des œuvres rares, elle peut également ajouter à la qualité de l’expérience une dimension inimaginable pour les médias traditionnels.

Référence

D’après Notman : regards sur Montréal, un siècle plus tard, Andrzej Maciejewski 1959- William Notman 1826-1891, Musée McCord d’histoire canadienne, Willowdale, Ont., Firefly Books, 2003.

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La digichromatographie: un exemple unique de numérisation au service de l’histoire!

Il était une fois Sergey Prokudin-Gorsky (1863-1944), un photographe russe exceptionnel et novateur. De 1905 à 1915, il a sillonné son pays, alors encore appelé l’Empire russe, afin de prendre une quantité impressionnante de photographies. Son objectif: présenter au monde, et en particulier aux jeunes de son pays, la Russie des tsars en couleur. En couleur? penserez vous. Hé oui! Et cela grâce à un procédé unique de son invention. Ce procédé se veut fort simple: capturer l’ensemble du spectre lumineux en utilisant trois lentilles photographiques distinctes. Chacune de ces lentilles capturent l’une des trois couleurs primaires de la lumière: la première pour le bleu, la seconde pour le vert et la dernière pour le rouge. En utilisant des lentilles photographiques (qui sont évidemment transparentes), il est possible de superposer les trois prises différentes et donc d’obtenir l’ensemble du spectre lumineux sur une même image par une simple projection lumineuse. (Image ci-dessous: les trois lentilles et l’exemple de leur superposition)Sergey Prokudin-Gorsky est donc l’un des inventeurs de la photographie couleur. Hélas, son invention ne connaitra pas la postérité. Plusieurs raisons expliquent cela : pas de support papier, coûts reliés à l’utilisation de cette nouvelle technologie, flous dus aux mouvements du modèle (celui-ci doit rester totalement immobile durant les trois clichés successifs). En 1948, quelques années après la mort de Prokudin, la Bibliothèque du Congrès américain achète la collection de plaques photographiques qui appartenait alors aux héritiers du photographe.

L’avènement de l’ère de l’informatique allait redonner vie à l’oeuvre de Prokudin-Gorsky. En effet, les progrès en matière de numérisation permettent bientôt à  la Bibliothèque du Congrès de mettre en ligne les copies numériques de ces lentilles photographiques. De plus, grâce à un procédé qu’on appelle la digichromatographie, la Bibliothèque réussit à combiner les trois versions en noir et blanc pour obtenir une version couleur. Mais ce n’est pas tout! La numérisation de ces plaques permet aussi d’améliorer la qualité des versions couleurs : un système de « concordance des points communs » réduit de beaucoup le flou engendré par les différences mineures entre chaque prise. Admirez l’ancien émir de Boukhara, Alim Khan (1911-1920)  dans toute sa splendeur:

Cette photo, probablement prise en 1911, est exceptionnelle tant par sa valeur historique que par sa qualité. Aujourd’hui, la collection Prokudin-Gorsky est disponible en ligne et en accès libre sur le site de la Bibliothèque du Congrès américain. À ne pas manquer l’exposition « The Empire That Was Russia » (http://www.loc.gov/exhibits/empire/) présentée par la Bibliothèque sur son site. La collection Prokudin-Gorsky est un bon exemple si on veut démontrer à quel point les progrès informatique, en particulier en numérisation, ont permis la diffusion, la conservation et même la restauration de trésors aussi rares que fascinants de notre histoire. Sans l’informatique, qui sait ce que cette collection aurait pu devenir? Ce n’est pas une série de plaques photographiques que Prokudin-Gorsky voulait léguer, mais bel et bien un témoignage unique d’un monde aujourd’hui disparu. Mission accomplie…

Jean Lou Castonguay