L’hyper textualité nous abrutit-elle l’esprit?

Lors du cours du 19 septembre, nous avons discuté du texte de Cohen et Roseingberg, «Introduction : Promise s and Perils of Digital History».  Dans ce texte, on présentait l’«hyper textualité» ou la non-linéarité du monde numérique comme un avantage.  Selon les auteurs, ceci représente un changement de paradigme majeur, une nouvelle façon de concevoir et d’exprimer la pensée humaine.  Alors que les idées étaient auparavant déployées selon des principes linéaires et hiérarchisés (central et marginal), le nouveau paradigme développe les principes de la multi-linéarité, des agrégations, des relations et des réseaux.

Lors du cours, notre professeure a posé une question fort pertinente (oui, je sais que je suis un peu téteux) : Lisons-nous sur internet de la même façon que nous lisons un livre?

J’aimerais faire intervenir ici un texte de Nicolas Carr, «Is Google making us stupid?»  Partant de son expérience personnelle ainsi que de commentaires d’amis et d’experts, l’auteur dénote son incapacité croissante à lire des textes approfondis de façon prolongée.

Pour étayer son point de vue, l’auteur mentionne la grande malléabilité du cerveau humain.  Même à l’âge adulte, la plasticité de nos habileté cognitives fait en sorte que certaines zones du cerveau se développeront alors que d’autres s’atrophieront en fonction de la stimulation que l’on y apporte.

Si nous prenons comme exemple les hyperliens qui sont probablement la forme la plus visible de la non-linéarité du monde numérique, Nicolas Carr souligne que contrairement aux notes de bas de pages auxquelles on les compare souvent, les hyperliens ne font pas que renvoyer à des informations complémentaires, ils nous propulsent vers elles.  Soulignons que plusieurs étudiants ont mentionné en classe les problèmes liés à la lecture sur un support numérique (nombreuses distractions, balayage du texte)  ainsi que des solutions à appliquer (faire imprimer les textes, maintenir le niveau de concentration).  Il est donc clair que la lecture numérique comporte des différences majeures avec la lecture de livres.

L’inquiétude principale de Carr est qu’avec l’augmentation du temps passé à lire sur un support numérique, on en vienne à perdre certaines aptitudes en lecture qui sont nécessaires à la compréhension de certaines idées.  Mais plus important encore, que ces transformations en viennent à diminuer notre capacité à concevoir et à exprimer notre réalité.

Pour répondre à la question qui coiffe cette entrée de blogue, je ne crois pas que l’hyper textualité nous abrutira l’esprit.  Elle engendrera assurément des changements importants et il est probable que certaines inquiétudes de Carr se concrétiseront, du moins en partie.  Mais ces transformations entraîneront aussi de nouvelles possibilités insoupçonnées qui porteront l’humanité vers une nouvelle étape de son évolution.  L’arrivée de l’écriture et de l’imprimerie a suscité son lot d’inquiétudes.  Qui peut en nier les énormes bénéfices?

Sources

COHEN, Daniel J. et Roy ROSEINGBERG, «Exploring History on the Web : Exhibits, Films, Scholarship, ans Essays » dans Digital History: A Guide to Gathering, Preserving, and Presenting the Past on the Web, Philadelphie, University of Pennsylvanie Press, 2006. <http://chnm.gmu.edu/digitalhistory/exploring/3.php­­­­>(20 septembre 2011)

CARR, Nicolas, «Is Google making us stupid, what the internet is doing to our brains», The Atlantic Magazine, juillet/août 2008,  <http://www.theatlantic.com/magazine/archive/2008/07/is-google-making-us-stupid/6868/>  (20 septembre 2011)