Les cartes historiques multimédia de L’Histoire à la Carte

L’histoire et la géographie sont bien souvent reliées. C’est ainsi que lors de deux cours au baccalauréat, j’ai cherché des cartes illustrant les changements territoriaux en Europe et au Proche-Orient. Je suis alors tombé sur le site L’histoire à la carte.

l'unité italienne - carte fixe

Ce site propose des cartes historiques thématiques multimédias. Tout simplement, ces cartes sont greffées à un dialogue et à quelques éléments visuels expliquant les événements. Le tout reste très sommaire, mais justement la simplicité de la présentation et de la facture visuelle est une grande force. Tout est très clair. Ces cartes sont offertes en dossiers thématiques, par exemple : décolonisations, grandes découvertes, histoire des États-Unis, de l’Europe, guerres mondiales, etc. Il y en a onze en tout présentement. En plus d’une quinzaine de cartes animées, ces dossiers comprennent aussi des cartes fixes, un index donnant plus d’informations sur les concepts utilisés et une bibliographie pour aller plus loin.

Bien évidemment, le public visé est le corps professoral qui pourra l’utiliser en classe. Aucun doute que les élèves du secondaire, du cégep et même de l’université puissent en tirer avantage. Personnellement, les cartes m’ont grandement aidé à mieux comprendre la géographie humaine changeante et parfois complexe.

Le tout est payant bien sûr. J’ai d’ailleurs acheté quatre dossiers et je ne l’ai pas regretté. Je suis même persuadé qu’ils me serviront encore. Je pense même en acheter quelques autres. Fort heureusement, le site propose gratuitement un exemple de carte par dossier gratuitement.

Au-delà de l’aspect « publicitaire » de cette entrée de blogue, je cherchais aussi à montrer l’intérêt certain de créer de telles cartes. J’ai fouillé quelque peu sur le net et je n’ai pas vraiment trouvé d’équivalent. Il y a donc clairement matière à développer de telles initiatives. D’autant plus que les différents dossiers d’Histoire à la carte ne s’ajoutent que très lentement…

En créant cette entrée, je suis tombé sur deux sites fort intéressants que je me permets de partager :

Patrimoine, Histoire et Multimédia: Un blogue historique sur le Québec, vraiment bien fait. En fait, il s’agit d’un modèle quant à l’utilisation du web comme outil de présentation professionnelle.

Jeux géographiques : comme le dit bien le titre, il s’agit d’une foule de petits jeux d’identification géographique. C’est gratuit et tout simplement « addictif ». Bonne chance d’ailleurs avec le jeu sur les villes du Québec!


La correspondance à l’heure des blogues

En effectuant une petite recherche toute simple sur le web avec les mots clés ‘war’, ‘letters’ et ‘blog’, on découvre une multitude de blogues dont la spécificité est de publier des correspondances historiques. En effet, il semble exister une myriade de blogues publiant des lettres de soldats ou d’infirmières (souvent un membre de la famille) écrites durant les conflits guerriers. Nul doute qu’il en existe aussi par rapport à d’autres sujets, mais, comme toujours, les deux guerres mondiales volent la vedette.

Certains blogues publient simplement chaque lettre comme une entrée, d’autres poussent plus loin l’exercice en publiant les lettres selon leur date d’écriture (du type ’90 ans plus tard jour pour jour’). En effet, si le blogue est un outil pour publier ses réflexions, bref pour chroniquer, pourquoi ne pas s’en servir comme chronique du passé?

J’ai bien essayé de trouver des articles sur le sujet, mais en vain. Seuls certains articles de journaux ou entrées de blogue traitent d’un cas en particulier, mais rien sur l’expérience en soi. L’histoire de la correspondance est pourtant en pleine forme et a bien dû publier sur le sujet. Peut-être pourriez-vous m’aider, car il me semble primordial que l’on se penche sur de telles initiatives, question de leur donner toutes les chances d’être le plus utiles possible. Il faudrait notamment qu’on ait accès aux originaux (du moins une photo, ce qui n’est pas toujours le cas) et il serait aussi très pertinent de rassembler ces sites, du moins leur lien, sur une même plateforme. C’est peut-être même déjà le cas. En effet, si plusieurs blogueurs publient ces lettres, c’est bien souvent par souci de mémoire, mais bien des historiens aimeraient utiliser ces sources!

Voici quelques exemples :

Soldiers’ Mail : probablement le meilleur. Il contient une foule d’autres éléments qui enrichissent les lettres. Il a d’ailleurs beaucoup fait parler de lui.

World War 1: American Soldier’s Letters Home

WW1: Experiences of an English Soldier

Letters Home from a Yankee Doughboy 1916-1919

Letters home from a First World War nurse: ce n’est qu’une entrée de blogue, mais c’est un bel exemple malgré tout.

The World War II Letters of William Wellington Taylor, Jr.


Un moment de l’histoire du livre électronique: Gutenberg-e

J’en avais glissé quelques mots lors de mon exposé sur le livre électronique, mais je tenais à parler un peu plus en détail de Gutenberg-e (ne pas confondre avec le Gutenberg Project).

Ce projet fut initié par Robert Darnton, alors président de l’American Historical Association (AHA), dont j’ai parlé dans mon deuxième blogue. C’est un projet qui est abandonné depuis plusieurs années, mais il nous en apprend néanmoins beaucoup sur la relation entre les historiens, leurs publications et le web.

La conception du projet est entamée dès 1997, mais c’est lorsque Darnton devient président de l’AHA en 1999 qu’il se concrétise. Le but principal était « de créer et de tester un modèle pour la publication » (Darnton, p.185), mais aussi de revivifier la monographie en histoire et aider les jeunes chercheurs à publier.

Au-delà de l’aspect économique, Darnton savait qu’il aurait à faire face à un problème majeur : le conservatisme des historiens. Il s’agissait donc de publier les meilleures thèses, les bonifier avec des liens, des images, du son, et de les publier avec le plus grand soin. Le scepticisme des académiciens ne pourrait alors qu’acquiescer à la valeur scientifique d’une telle publication, car même au début des années 2000, pour plusieurs, une monographie équivalait nécessairement à un livre papier.

Autre difficulté une fois le projet mis en marche : peu de candidats répondirent à l’appel! En effet, il semblerait que les directeurs de thèse déconseillèrent à leurs doctorants un tel concours : leur éventuelle publication en ligne n’était pas assurée d’être considérée sérieusement par le monde académique.

Il fallut alors que se développe un protocole pour rendre compte des publications en ligne et prendre le temps d’envoyer des copies imprimées aux critiques réfractaires à l’idée de les lire en ligne. Évidemment, une fois qu’une première critique « sérieuse » d’une des monographies parut dans une revue scientifique, l’édition électronique avait fait un déjà grand pas vers la reconnaissance. Il reste qu’aujourd’hui, malgré l’avancement de la technologie pour la lecture en ligne ou sur tablette, plusieurs sont encore réticents.

Une fois les candidats gagnants ayant été déterminés, on se surprit de réaliser que l’écriture d’un livre électronique leur demandait deux fois plus de temps! Ainsi, la souscription des bibliothèques était en péril, car elles ne recevraient pas suffisamment d’ouvrages pour leur argent. Malheureusement, les subventions au programme cessèrent en 2005 et ce fut la fin du projet. Rachetées par Columbia University Press, les 35 monographies produites par Gutenberg-e sont aujourd’hui accessibles gratuitement.

Difficile de dire que Gutenberg-e fut une réussite, mais il a certes publié d’excellents ouvrages selon les critiques, il propose aussi différents types de modèles pour les monographies électroniques et, surtout, il a débroussaillé les étapes de la publication scientifique académique.

Visitez le site, malgré sa fonction « search » tout à fait inefficace, il y sûrement un titre qui piquera votre curiosité!

DARNTON, Robert, « Gutenberg-e », Apologie du livre. Demain, aujourd’hui, hier, Paris, Gallimard, 2001 [2009],p.185-195.

Gutenberg-e, http://www.gutenberg-e.org/index.html, consulté le 6 décembre 2011.

 


Google, les livres et les bibliothèques : l’avis de Robert Darnton

Comme dans le cadre du cours j’ai à présenter quelque chose sur le livre électronique, je pensais vous présenter quelques éléments de réflexions que j’ai lus mais que je ne traiterais pas en classe. J’ai notamment fait la lecture du livre Apologie du livre. Demain, aujourd’hui, hier de Robert Darnton (Gallimard, 2011 [2009]). Les réflexions les plus intéressantes du livre sont, je crois, celles en lien avec Google, le livre électronique et la place des bibliothèques.

Quelques mots d’abord sur Robert Darnton. Premièrement, vous le connaissez déjà un peu. En effet, il est l’auteur de « La bibliothèque universelle, de Voltaire à Google» que nous avons lu la première semaine. Historien au parcours impressionnant, il est spécialiste de l’histoire du livre et directeur de la bibliothèque de Harvard depuis 2007. Ses réflexions sur le livre électronique en sont d’autant plus pertinentes.

Voyant la bibliothèque comme une citadelle du savoir et Internet comme un espace ouvert, les accords de Google avec 5 grandes bibliothèques en 2006 amènent plusieurs questionnements. Bien sûr, malgré les questions litigieuses des droits d’auteur, cela annonçait une démocratisation sans précédent du savoir. Enthousiaste de Google, Darnton n’en est pas moins inquiet de ses tendances monopolistiques. Il est le premier à voir dans le projet une grande utilité pour des recherches, par exemple: la numérisation des correspondances des grands auteurs des Lumières. M. Gingras nous en a d’ailleurs démontré quelques aspects. Par contre pour Darnton, contrairement à ce que l’on pourrit croire, Google Book  rendra les bibliothèques plus importantes que jamais. Pour bien le comprendre, il faut d’abord se rappeler que, historien du livre, il a à cœur la conservation des ; voici tout de même résumé ses arguments:

– Même si Google numérise 90% des livres, il en restera toujours un nombre important, les chercheurs ne peuvent donc compter exclusivement sur Google. Plusieurs livres existent d’ailleurs en quelques exemplaires seulement et sont disséminés dans les bibliothèques.

– Les fonds de 5 bibliothèques (même les plus importantes et même s’il y en a plusieurs autres depuis) sont loin de suffire, notamment à cause des livres rares, souvent importants pour les historiens.

-Les droits d’auteur risquent de continuer de poser problème. Il vaudrait mieux de fournir adéquatement nos bibliothèques que compter sur Google pour suivre la publication de plus en plus nombreuse tout en numérisant le passé.

– L’entreprise Google, quoiqu’on en pense,  peut disparaître et sa technologie être dépassée. Les bibliothèques sont là pour rester.

– Inévitablement, Google fera des erreurs dans sa numérisation, nécessitant la conservation des livres.

– La numérisation de Google ne résistera pas nécessairement au temps. Le livre a de ce côté fait ses preuves.

– Google envisage de numériser plusieurs versions du même ouvrage, mais auxquels aura-t-on accès?  « Google emploie des milliers d’informaticiens mais, pour autant que je sache, aucun bibliographe. » (page 105)

– Finalement, l’aspect physique du livre  n’est pas au rendez-vous. Ce qui peut être d’une grande importance pour les historiens. Et bien sûr, l’amoureux des livres n’y retrouve pas une partie de son expérience, du moins pour l’instant.

Darnton y va d’autres réflexions, mais ces 8 huit points donnent une bonne idée de sa pensée, bien qu’elle soit autrement plus étoffée. Déclarant ouvertement que son amour du livre lui donne peut-être un œil plus critique que nécessaire sur l’impact de Google Books, il reste tout de même très impressionné devant les avantages des nouvelle technologies.

« Certes nous devons numériser, mais surtout démocratiser en assurant un libre accès à notre héritage culturel. Comment? En réécrivant les règles du jeu, en subordonnant les intérêts privés au bien public et en nous inspirant des premiers républicains pour instaurer une République numérique du savoir. » (page 120)

Ah oui, j’oubliais: la lecture du livre est très agréable, je vous le recommande entre deux lourdes lectures académiques!

DARNTON, Robert, Apologie du livre. Demain, aujourd’hui, hier, Paris, Gallimard, 2001 [2009], p.71-142


Compte-rendu du site Los Angeles and the Problem of Urban Historical Knowledge

Deux des textes que nous avions à lire mentionnaient ce site en tant qu’effort pionnier des Digital Humanities en histoire. Il m’est apparu d’autant plus intrigant puisqu’il porte sur l’histoire contemporaine de Los Angeles et que mon futur mémoire, se situant dans la Californie des années 1960, pourrait en bénéficier. Le site en question, un projet de Philip Ethington, a été publié dans le cadre du numéro de décembre 2000 de l’American Historical Review. Il est dorénavant accessible sur le site de l’University of Southern California.

Le projet est doublement intéressant, même triplement en fait. Tout d’abord, il s’agit d’un article académique sur l’histoire de Los Angeles. L’article, non seulement enrichi de cartes, graphiques, de données et autres apports interactifs, se veut aussi une réflexion méthodologique sur le sujet en particulier et la pratique historienne en général. De plus, le projet a une vocation d’essai technologique pour l’historien-ne.

Ethington part de l’hypothèse que « the key concept in the search for historical certainty should be ‘mapping’ in a literal, not a metaphoric, sense ». Il cherche ainsi à recréer le panorama historique de la ville, ce qu’il juge impossible à l’aide des outils traditionnels de l’histoire (article, livre…). Il utilise lui-même l’image du journal (newspaper) pour clarifier l’idée qui veut que le lecteur puisse diriger sa lecture comme il l’entend. Ainsi, son projet se questionne autant dans la forme et le contenu sur le débat portant sur l’objectivité en histoire et sur la condition postmoderne (en référence à son objet d’étude : la métropole de Los Angeles, pour plusieurs symbole ultime de la ville postmoderne).

Son approche est ainsi directement celle du Manifeste des Digital Humanities. Non seulement il utilise les nouveaux outils à sa disposition, mais ceux-ci lui permettent d’espérer atteindre une compréhension de la complexité de son sujet d’étude. Bref, démarche historique et technologie se retrouvent entremêlées dans toutes les étapes de la recherche, de la réflexion et de l’illustration finale.

Plus d’une décennie nous sépare par contre du projet. Il est clair qu’un tel projet réalisé aujourd’hui serait différent et d’une interaction
plus aisée. Par exemple, les références (notes de bas de page) nous renvoient à une toute nouvelle page ne contenant que la référence en question. On imagine facilement d’autres façons plus intéressantes d’utilisation, notamment l’apparition à l’écran de la référence en passant le curseur sur la notice. Si cet exemple (mais il y en aurait d’autres) illustre certains aspects technologiques limités, voire dépassés du projet, il reste que celui-ci nous en apprend beaucoup sur les possibilités d’utilisation des technologies informatique en l’histoire. En effet, il ne s’agit pas simplement de pouvoir utiliser celles-ci, mais de réaliser comment elles peuvent redéfinir notre travail et que cette redéfinition est nécessaire pour rendre compte de toute la complexité de notre monde présent et passé.

François Marcil

Bibliographie (j’espère bien les citer, mais internet reste souvent  un défi pour qui veut faire des références)

ETHINGTON, Philip, «Los Angeles and the Problem of Urban Historical Knowledge. A Multimedia Essay to Accompany the December Issue of The American Historical Review»publié par historycooperative.org, décembre 2000, http://www.usc.edu/dept/LAS/history/historylab/LAPUHK/Maps/Maps.htm (consulté le 16 septembre 2011).

«Review 2 Los Angeles and the problems of urban historical knowledge», Digital History Midolo, http://midolol1.blogspot.com/2009/06/review-2-los-angeles-and-problems-of.html, 13 juin 2009 (consulté le 16 septembre 2011).

THOMAS, William G. II, «Computing and the Historical Imagination», IN SCHREIBMAN, Susan, Ray Siemens et John Unsworth, ed., A Companion to Digital Humanities, Oxford, Blackwell, 2004, http://www.digitalhumanities.org/companion/ (consulté le 16 septembre 2011).