Vinyle, CD et MP3

Il y a déjà plusieurs années que les vinyles ont refait leur apparition dans les rayons des magasins de musique. Leur remplacement par les cassettes et les cd à partir des années 1980 semblait aller de soi; la technologie évoluait. L’arrivée dans le vingt-et-unième siècle a elle aussi ajouté une nouvelle donnée: le fichier mp3. L’achat et le téléchargement (illégal) de musique sous format mp3 a fait péricliter la vente de cd et l’industrie de la musique en a souffert. La raison de la popularité du mp3 est fort simple et s’explique par l’essor du lecteur mp3 (les plus connus étant évidemment les produits de la lignée iPod de Macintosh), qui remplace sans effort le bon vieux baladeur (à cassettes ou cd). Comment expliquer le retour en force du vinyle? Il avait d’abord perdu la guerre contre les supports plus pratiques que sont les cassettes et les cd. Il est vrai que personne ici ne songerait à chercher une voiture équipée d’un tourne-disque… Ce n’est donc pas pour son côté pratique que le vinyle est redevenu à la mode. Il est par contre certain que le côté nostalgique du vinyle y est pour quelque chose. On entend aussi souvent dire que la qualité du son d’un vinyle moderne (et par cela j’entends ceux produits aujourd’hui et donc de meilleure qualité) est meilleur que celui des autres supports. Or, est-ce vraiment le cas? Il est vrai que les cassettes n’ont jamais fait merveille, mais qu’en est-il des formats digitaux? Considérant l’avancement technologique de ces dernières années, il parait peut probable que le vinyle leur soit supérieur. Regardez (et surtout écoutez) la vidéo ci-dessous:

Il semble donc que la perte de qualité du son soit dû à une déformation volontaire de la part du fabricant et non strictement au type de support ou de lecteur utilisé. La question se pose alors: pourquoi le fabricant déforme-t-il le son de ses trames musicales? La réponse se trouve dans l’utilisation que nous, les consommateurs, faisons de notre musique. Nous écoutons de plus en plus notre musique dans des endroits bruyants: en voiture, dans le métro, dans la rue ou la cafétéria, etc. Il nous est donc nécessaire de monter le son de notre lecteur pour entendre les sons les plus bas. La décision des fabricants nous permet donc de ménager nos pauvres oreilles, car pour entendre les sons les plus faibles, les sons forts en seraient d’autant plus forts. Ainsi, le son que l’on retrouvera sur un vinyle est plus prêt de l’original que celui d’un cd ou d’un fichier mp3, car ce premier n’est pas soumit aux mêmes contraintes que les deux autres. Cette vidéo vous permettra de remarquer encore plus efficacement la différence entre le son d’un ancien vinyle et celui d’un cd:

Il est donc vrai que le son d’un vinyle est meilleur que celui des autres supports, mais ce sont des raisons pratiques qui expliquent ce fait, et non les qualités intrinsèques du vinyle comme on est souvent porté à le croire.

Jean Lou Castonguay


L’UQÀM et la propriété intellectuelle

Cette semaine nous avons vu comment la question de copyright et de propriété intellectuelle peut être complexe. Je vous propose ici de voir quelles sont les dispositions de l’UQÀM vis-à-vis la propriété intellectuelle (qui concernent plus particulièrement vos recherches en histoire), telles que décrites dans la Politique no 36 :

« Les réalisations en milieu universitaire, fruits du libre choix et de l’initiative individuelle, sont, en principe, juridiquement dévolues à leur auteure, auteur ou leurs auteures, auteurs. Cette dévolution s’exprime par l’attribution de droits exclusifs de diffusion et d’exploitation de ces réalisations, qualifiés de droits de propriété intellectuelle. […] La propriété intellectuelle s’exprime de diverses façons, dont le droit d’auteure, d’auteur qui touche principalement le domaine littéraire, scientifique ou artistique, et le brevet d’invention, qui concerne surtout des productions de type industriel. »

Sans surprise, nous sommes propriétaires de nos productions à titre d’auteur. La Politique spécifie aussi dans quelles modalités nous pouvons commercialiser nos productions, et même qu’il s’agit de l’une des méthodes pour diffuser nos recherches, l’une de nos responsabilités. La décision de diffuser ou d’exploiter commercialement les recherches n’appartient qu’à son ou ses auteurs.  En dehors des productions « qui donnent lieu à des retombées commerciales et pour lesquelles l’auteure, l’auteur a bénéficié d’un soutien exceptionnel de la part de l’Université », les revenus ainsi générés vous appartiennent intégralement.

La propriété intellectuelle peut être partagée entre plusieurs auteurs. Ainsi, si vous participez à une recherche comprenant plus d’un auteur, il vous est suggéré de signer un contrat définissant votre statut (auteur, coauteur, employé, etc.) afin de vous protéger en cas d’abus. Sachez cependant que votre propriété intellectuelle peut être cédée par écrit, mais jamais sans votre consentement. Il est aussi possible qu’une clause d’un contrat de recherche vise spécifiquement à céder vos droits de propriété intellectuelle au mandataire de ce contrat.

La Politique no 36 mentionne également que « […] l’étudiant bénéficie, à compter du dépôt final du mémoire ou de la thèse, d’une période de deux ans pour faire accepter des publications issues de son mémoire ou de sa thèse. Passé ce délai, la directrice, le directeur de recherche, qui le souhaite, peut procéder à une publication fondée sur les résultats du mémoire ou de la thèse. Elle, il doit toutefois chercher à inclure l’étudiante, l’étudiant comme coauteure, coauteur. » Ce passage vise selon moi à protéger l’étudiant et non à le mettre en danger. En effet, il dispose d’une période de deux ans pour continuer ses recherches dans la même voie que celle qu’il a commencée. Si l’étudiant ne se prévaut pas de ce droit, son directeur pourra alors faire de nouvelles recherches en s’appuyant sur ces conclusions. Cette disposition est nécessaire pour faire avancer les recherches faites par les étudiants de l’université, et justifiée par le fait que l’étudiant et son directeur « sont codétenteurs des données obtenues dans le cadre des travaux de recherche ».

Jean Lou Castonguay

Bibliographie:

UQAM, Politique no 36 : Reconnaissance et la protection de la propriété intellectuelle, 16 septembre 2003. <http://www.instances.uqam.ca/ReglementsPolitiquesDocuments/Pages/Politiqueno36.aspx> (15 novembre 2011).


La création de représentations visuelles de données: quelques pièges à éviter

Créer un graphique ou une image pour aider nos lecteurs ou nos auditeurs à visualiser et à mieux cerner nos propos est en soit un exercice louable. Cependant, nous tombons souvent dans certains pièges qui poussent parfois celui qui voit la représentation visuelle de nos données à émettre de fausses conclusions. Le site de la compagnie Perceptual Edge (http://www.perceptualedge.com/), compagnie spécialisée dans l’élaboration de visualisations efficaces, propose de nombreux exemples de visualisations ratées. Je vous propose ici de regarder quelques-uns de ces exemples afin de connaitre les pièges que vous devez à tout prix éviter pour créer vos propres représentations visuelles. Regardez d’abord ce premier exemple:

Vous vous rendrez compte rapidement que faire le lien entre chaque partie de la tarte et la légende est difficile, car cela impose un considérable va-et-vient de l’oeil et on en oublie rapidement les données en elles-mêmes. Un autre problème est encore plus important: l’effet 3D de la tarte. Il est difficile pour l’oeil humain de bien analyser des données 2D et 3D en même temps. Regardez bien la différence de taille entre la partie verte et la partie jaune. La partie verte (14,17%) semble deux fois plus grande que la partie jaune (18,09%)!


L’auteur de ce dernier graphique a commis une erreur courante: complexifier inutilement la présentation des données dans l’espoir de la rendre plus intéressante. En utilisant des cercles, il nous oblige à constater la différence entre les cercles verts et bleus en nous basant sur leur superficie. Regardez l’exemple de HSBC : 97 (en vert) et 215 (en bleu). La valeur représentée par l’aire en bleu est donc à peu près le double de l’autre. Or, sa superficie semble être le triple de celle de la zone verte! Cela est dû au fait que le créateur de ce graphique a utilisé les valeurs comme diamètres des cercles, et que l’aire d’un cercle augmente beaucoup plus rapidement proportionnellement à son diamètre. Il faut donc choisir avec beaucoup de précaution le type de graphique que l’on veut utiliser et la façon de les utiliser pour éviter ce genre de problèmes.

Ce dernier exemple est un tableau à colonnes très clair, mais qui nous pousse à faire deux graves erreurs d’interprétation. Je vous invite à essayer de les trouver et à poster vos réponses dans les commentaires de cette entrée de blogue. Bon courage!

Jean Lou Castonguay

PS. Les exemples sont tous issus du site de Perceptual Edge. Ne trichez pas en allant cherchez ce graphique sur leur site ^^


Les « soap opera » historiques et leur diffusion sur le web: un plaisir coupable?

Les « soap opera », ou romans-savons, se déroulant sur un fond historique se font de plus en plus populaires. La série The Tudors est sans doute l’une des plus connue et son succès a été tel que la chaîne de télévision américaine Showtime l’a remplacée par une autre série du même style en 2011. Cette nouvelle série, The Borgias (Les Borgias), se déroule dans l’Italie de la Renaissance durant la papauté d’Alexandre VI (Rodrigo Borgia), l’un des papes considéré comme le plus corrompu de l’Histoire (il aurait acheté les votes de son élection, avait une famille nombreuse et entretenait plusieurs maîtresses…). Un seul coup d’oeil sur l’affiche publicitaire de la série donne un bon aperçu du ton de la série: Le roman-savon historique est aussi populaire en Turquie, où la série Muhteşem Yüzyıl (Le siècle magnifique) a fait son apparition en 2011. La série se déroule durant le règne du sultan Soliman le Magnifique, et intrigues politiques et intrigues du harem s’entremêlent.

Grâce au web, les séries télévisées ont connues une bien plus grande diffusion à travers le monde. Les communautés de sous-titrage sont très actives et l’accès aux séries étrangères n’a jamais été aussi facile. Dans cette situation, on peut se demander à quel point la diffusion de ces séries informe, ou plutôt désinforme les gens sur l’Histoire. L’exemple de la série turque est intéressant. Pendant longtemps la période ottomane était considérée comme un passé duquel les Turcs devaient s’éloigner.  La série s’inscrit dans un mouvement de retour de l’intérêt pour la passé des Turcs, mais ce passé est dépeint d’une façon qui ne plait pas à tous. Par exemple, les femmes du harem sont tout sauf des femmes voilées et obéissantes et le sultan boit parfois du vin, chose interdite par l’islam (un interdit peu respecté tout au long de l’histoire musulmane). Les débats sont donc virulents entre puristes, qui voient la série comme une diffamation d’une période glorieuse de leur histoire, et les autres qui voient d’un bon oeil la présence de ces réalités. Malheureusement, les exigences de l’élaboration du scénario de ces séries obligent les scénaristes à inventer, voire modifier certains éléments de l’histoire. L’auditeur peu avisé, par exemple quelqu’un qui ne connait pas l’histoire du pays où se déroule l’action,  pourrait donc être souvent victime de désinformation. Par contre, s’il ne s’attache pas aux détails scénaristiques, il pourrait en apprendre beaucoup sur une civilisation ou une région auparavant inconnue. Les romans-savons font ils plus de bien que de mal à la diffusion de l’Histoire? La question reste ouverte. Pour l’instant, ces séries restent pour moi un plaisir coupable…

Jean Lou Castonguay

Sources des images:

Les Borgias : http://www.imdb.com/title/tt1582457/

Muhteşem Yüzyıl: http://devam.hypotheses.org/1133


La digichromatographie: un exemple unique de numérisation au service de l’histoire!

Il était une fois Sergey Prokudin-Gorsky (1863-1944), un photographe russe exceptionnel et novateur. De 1905 à 1915, il a sillonné son pays, alors encore appelé l’Empire russe, afin de prendre une quantité impressionnante de photographies. Son objectif: présenter au monde, et en particulier aux jeunes de son pays, la Russie des tsars en couleur. En couleur? penserez vous. Hé oui! Et cela grâce à un procédé unique de son invention. Ce procédé se veut fort simple: capturer l’ensemble du spectre lumineux en utilisant trois lentilles photographiques distinctes. Chacune de ces lentilles capturent l’une des trois couleurs primaires de la lumière: la première pour le bleu, la seconde pour le vert et la dernière pour le rouge. En utilisant des lentilles photographiques (qui sont évidemment transparentes), il est possible de superposer les trois prises différentes et donc d’obtenir l’ensemble du spectre lumineux sur une même image par une simple projection lumineuse. (Image ci-dessous: les trois lentilles et l’exemple de leur superposition)Sergey Prokudin-Gorsky est donc l’un des inventeurs de la photographie couleur. Hélas, son invention ne connaitra pas la postérité. Plusieurs raisons expliquent cela : pas de support papier, coûts reliés à l’utilisation de cette nouvelle technologie, flous dus aux mouvements du modèle (celui-ci doit rester totalement immobile durant les trois clichés successifs). En 1948, quelques années après la mort de Prokudin, la Bibliothèque du Congrès américain achète la collection de plaques photographiques qui appartenait alors aux héritiers du photographe.

L’avènement de l’ère de l’informatique allait redonner vie à l’oeuvre de Prokudin-Gorsky. En effet, les progrès en matière de numérisation permettent bientôt à  la Bibliothèque du Congrès de mettre en ligne les copies numériques de ces lentilles photographiques. De plus, grâce à un procédé qu’on appelle la digichromatographie, la Bibliothèque réussit à combiner les trois versions en noir et blanc pour obtenir une version couleur. Mais ce n’est pas tout! La numérisation de ces plaques permet aussi d’améliorer la qualité des versions couleurs : un système de « concordance des points communs » réduit de beaucoup le flou engendré par les différences mineures entre chaque prise. Admirez l’ancien émir de Boukhara, Alim Khan (1911-1920)  dans toute sa splendeur:

Cette photo, probablement prise en 1911, est exceptionnelle tant par sa valeur historique que par sa qualité. Aujourd’hui, la collection Prokudin-Gorsky est disponible en ligne et en accès libre sur le site de la Bibliothèque du Congrès américain. À ne pas manquer l’exposition « The Empire That Was Russia » (http://www.loc.gov/exhibits/empire/) présentée par la Bibliothèque sur son site. La collection Prokudin-Gorsky est un bon exemple si on veut démontrer à quel point les progrès informatique, en particulier en numérisation, ont permis la diffusion, la conservation et même la restauration de trésors aussi rares que fascinants de notre histoire. Sans l’informatique, qui sait ce que cette collection aurait pu devenir? Ce n’est pas une série de plaques photographiques que Prokudin-Gorsky voulait léguer, mais bel et bien un témoignage unique d’un monde aujourd’hui disparu. Mission accomplie…

Jean Lou Castonguay