Votre vie privée et Internet

La protection de la vie privée est un sujet qui revient périodiquement à la surface lorsqu’il est question d’Internet.  Nous savons tous, dans un coin de notre tête, que nos activités sur le web sont suivies.  Dans les faits, nous ignorons souvent jusqu’à quel point les entreprises emmagasinent des quantités sidérantes d’informations à notre sujet.

La semaine dernière, la commissaire à la protection de la vie privée du Canada, Jennifer Stoddart a déposé un cadre règlementaire visant à mieux protéger la vie privée des internautes canadiens.  À l’ère des «fichiers-témoins zombies», «pixels invisibles» et «supercookies» il devenait de plus en plus nécessaire d’encadrer les pratiques commerciales de certaines entreprises dans la collecte de données.  Chaque fois que nous appuyons sur une touche du clavier ou de la souris alors que nous naviguons sur Internet, l’information est transmise et enregistrée quelque part.  Le plus souvent, l’objectif est de fournir une publicité ciblée à l’internaute.  Pour la commissaire, il est «carrément terrifiant» de constater à quel point les internautes sont laissés dans l’ignorance face à la «publicité comportementale».  Le cadre règlementaire qu’elle propose vise à redresser certains des pires comportements actuels.  Tout d’abord, il faudrait informer les internautes avant qu’une opération de collecte d’informations soit effectuée et de quelles façons ces informations pourraient éventuellement être utilisées.  De plus, les utilisateurs devraient avoir la possibilité de refuser que l’on collecte des données à leur sujet, ce qui n’est pas le cas actuellement.  Certaines informations (relatives à la santé) devraient être protégées de toute forme de collecte dans un but commercial.

Notons que la collecte d’informations afin d’offrir une publicité ciblée ne représente que la pointe de l’iceberg de ce problème grandissant.  Les risques de dérapages sont innombrables.

Je vous recommande fortement d’aller faire un tour sur le site web de la commissaire à la protection de la vie privée du Canada.  Il y a une foule d’informations utiles.

Je vous offre également un petit texte complémentaire au sujet de Facebook.

Textes traitant du rapport de la commissaire : ici et ici.


Les Droits d’auteur et la liberté du Web

J’ai déjà mentionné dans un commentaire affiché sur ce blog mon intérêt pour la scène politique aux États-Unis.  Un peu comme ici au Québec, la population étatsunienne est profondément désabusée face à l’ineptie de ses politiciens.  Pour nos voisins du sud, cela vient en partie du débat idéologique entre les deux grands partis (démocrates et républicains) qui paralyse le système gouvernemental au grand complet.

Il m’a semblé intéressant de vous faire part de projets de lois qui, pour une fois, regroupent tant les Républicains que les démocrates.  Le SOPA (Stop Online Piracy Act) et le Protect IP (Preventing Real Online Threats to Economic Creativity and Theft of Intellectual Property Act) sont deux projets de loi présentement à l’étude à la Chambre des représentants (SOPA) et au Sénat (Protect IP).

Ces projets de lois bénéficient d’un soutien vigoureux ($$) de certains des plus grands studios hollywoodiens et des plus grandes compagnies de disques.  Il semble bien que des lobbyistes particulièrement efficaces soient enfin venus à bout de la méfiance des politiciens des deux camps dans la défense des soi-disant intérêts supérieurs (financiers) des États-Unis.

Quelques élus et certaines compagnies comme Google, Twitter, Yahoo et Linkedln ont exprimé des réserves sur le projet de loi, mais jusqu’à présent l’opposition reste plutôt molle.  En fait, ces compagnies ne s’opposent pas vraiment au principe de protéger les droits d’auteurs, elles en ont contre le langage nébuleux des projets de lois.

Si ces projets sont adoptés sous leur forme actuelle, toutes les entreprises liées d’une façon ou d’une autre à un site qui héberge du contenu piraté s’exposent à de graves pénalités.  Ainsi les moteurs de recherche (Google, Yahoo) qui affichent des liens, les compagnies (Paypal) qui offrent des services de transactions financières, mais aussi les entreprises qui hébergent les sites et les fournisseurs de noms de domaine (DNS) sont tous susceptibles d’être poursuivis en justice si on peut démontrer un quelconque lien entre eux et un site affichant un contenu piraté.  Une fois informées qu’un site héberge du contenu piraté, les entreprises doivent immédiatement couper tous les liens avec celui –ci sous peine d’être poursuivies par le gouvernement des États-Unis.

C’est justement l’aspect très large de ces lois qui fait dire à certains que cela représenterait surtout une formidable manne pour les avocats.  Les plus gros cabinets d’avocats aux États-Unis figurent parmi les plus importants promoteurs de ces projets de lois.  Quand on considère que la vaste majorité des entreprises du Web sont enregistrées aux États-Unis, il est évident que ces lois pourraient changer l’«univers» Internet en profondeur.

Pour l’instant, les projets de lois sont toujours à l’étude et peuvent encore subir des modifications.  En espérant que ce sujet qui passe un peu sous le radar vous aura intéressé.

Informations complémentaires :

Les projets expliqués ici, ici et ici.

Quelques commentaires pour mieux comprendre:  ici, ici, ici et ici.


Le Vieux-Montréal et son patrimoine

Le site web du Vieux-Montréal offre une multitude d’informations touristiques pour les visiteurs étrangers et Québécois.  Vous trouverez également sur cette page un élément fort convivial et utile pour quiconque s’intéresse au patrimoine bâti, à l’architecture et à l’histoire.  Aussi, les étudiants du cours faisant partie du volet histoire appliquée de la maîtrise y verront un exemple particulièrement intéressant de travail accompli dans leur domaine.

Sur la page d’accueil du site, vous trouverez un onglet intitulé : Le patrimoine en détail, inventaires patrimoniaux.  À partir de cette application flash, vous pourrez faire des recherches sur l’ensemble des bâtiments historiques du Vieux-Montréal, c’est-à-dire le quadrilatère formé par les rues St-Antoine, Berri, de la Commune et McGill.

Il est possible de faire une recherche à partir d’éléments plus précis tels que l’adresse, le nom du bâtiment, les rues, les éléments architecturaux, etc.  Vous pouvez même faire une recherche au sujet de personnages historiques liés d’une façon ou d’une autre à certains bâtiments du Vieux-Montréal.  Si au contraire vous vous intéressez à une période historique précise, en cliquant sur la colonne d’onglets à droite, vous obtiendrez pour la période choisie une quantité impressionnante d’informations (bâtiments construits et rénovés, rues ouvertes, monuments et œuvres publiques installés, documents de référence pour approfondir la recherche).

À mon avis, l’élément le plus intéressant est la carte qui se trouve au centre de la page.  Il s’agit d’une carte interactive représentant l’ensemble du Vieux-Montréal, subdivisé en secteurs identifiés par des lettres.  En cliquant sur un secteur, vous accédez à une carte plus précise indiquant tous les bâtiments historiques de la zone.  On peut aisément identifier les lieux en plaçant le curseur au-dessus.  Si vous cliquez, vous obtiendrez alors une fiche descriptive incroyablement complète du bâtiment en question.  Tous les bâtiments n’ont pas la même richesse patrimoniale, mais la grande majorité des fiches descriptives traitent de l’histoire, de l’architecture, des artisans derrière la construction, des propriétaires, en plus d’offrir des photos et des informations complémentaires en abondance.

Je vous offre en exemple un des bâtiments les plus spectaculaires de la ville, soit la Banque de Montréal située sur la place d’armes.

Encore un exemple de l’apport des humanités numériques en termes d’accessibilité à du contenu historique.


Notman au musée McCord

Lors du cours du 26 septembre, nous avons mentionné les œuvres de William Notman, disponibles via le site web du musée McCord.  Notman est un artiste de la photographie, il s’est intéressé plus particulièrement à la ville de Montréal à la fin du XIXe siècle.  Pour qui se passionne de photographies anciennes, Notman est un véritable monument.  Notons que certaines de ses photographies ornent les murs du département d’histoire au 6e étage du pavillon Aquin.

Malgré l’importance de l’œuvre de ce photographe, il faut faire preuve de débrouillardise pour profiter de ce travail exceptionnel.  En effet, les photographies de Notman sont disponibles à l’intérieur de publications qui sont extrêmement difficiles à trouver.  Même la publication la plus récente qui reprend certaines des photos de Notman (D’après Notman : regards sur Montréal, un siècle plus tard) distribuée en 2003 n’est plus disponible en magasin.  Quelques bibliothèques municipales et institutions d’éducation (cégeps et Universités) l’ont en stock.  Les publications plus anciennes sont encore plus difficiles, voir impossibles à se procurer.

Nous touchons ici à un des avantages des humanités numériques, soit la possibilité d’avoir accès à des œuvres rares.  En ce sens, l’initiative du musée McCord est particulièrement intéressante.  Le musée met en ligne une série de duos de photographies représentant Montréal à un siècle d’intervalle.  Ceci correspond au contenu du livre mentionné plus haut.  Cependant, l’initiative du Musée McCord trouve toute sa valeur dans le fait que l’on amène l’expérience beaucoup plus loin.  Les duos de photographies sont accompagnés de références, de textes et d’images qui ajoutent à la qualité de l’expérience.  En plus, lorsqu’on place le curseur sur une photographie, un extrait sonore nous propulse dans une ambiance représentative de l’image.

Ainsi, une utilisation intelligente des caractéristiques du monde numérique peut non seulement permettre à des gens moins fortunés ou habitant très loin d’avoir accès à des œuvres rares, elle peut également ajouter à la qualité de l’expérience une dimension inimaginable pour les médias traditionnels.

Référence

D’après Notman : regards sur Montréal, un siècle plus tard, Andrzej Maciejewski 1959- William Notman 1826-1891, Musée McCord d’histoire canadienne, Willowdale, Ont., Firefly Books, 2003.


L’hyper textualité nous abrutit-elle l’esprit?

Lors du cours du 19 septembre, nous avons discuté du texte de Cohen et Roseingberg, «Introduction : Promise s and Perils of Digital History».  Dans ce texte, on présentait l’«hyper textualité» ou la non-linéarité du monde numérique comme un avantage.  Selon les auteurs, ceci représente un changement de paradigme majeur, une nouvelle façon de concevoir et d’exprimer la pensée humaine.  Alors que les idées étaient auparavant déployées selon des principes linéaires et hiérarchisés (central et marginal), le nouveau paradigme développe les principes de la multi-linéarité, des agrégations, des relations et des réseaux.

Lors du cours, notre professeure a posé une question fort pertinente (oui, je sais que je suis un peu téteux) : Lisons-nous sur internet de la même façon que nous lisons un livre?

J’aimerais faire intervenir ici un texte de Nicolas Carr, «Is Google making us stupid?»  Partant de son expérience personnelle ainsi que de commentaires d’amis et d’experts, l’auteur dénote son incapacité croissante à lire des textes approfondis de façon prolongée.

Pour étayer son point de vue, l’auteur mentionne la grande malléabilité du cerveau humain.  Même à l’âge adulte, la plasticité de nos habileté cognitives fait en sorte que certaines zones du cerveau se développeront alors que d’autres s’atrophieront en fonction de la stimulation que l’on y apporte.

Si nous prenons comme exemple les hyperliens qui sont probablement la forme la plus visible de la non-linéarité du monde numérique, Nicolas Carr souligne que contrairement aux notes de bas de pages auxquelles on les compare souvent, les hyperliens ne font pas que renvoyer à des informations complémentaires, ils nous propulsent vers elles.  Soulignons que plusieurs étudiants ont mentionné en classe les problèmes liés à la lecture sur un support numérique (nombreuses distractions, balayage du texte)  ainsi que des solutions à appliquer (faire imprimer les textes, maintenir le niveau de concentration).  Il est donc clair que la lecture numérique comporte des différences majeures avec la lecture de livres.

L’inquiétude principale de Carr est qu’avec l’augmentation du temps passé à lire sur un support numérique, on en vienne à perdre certaines aptitudes en lecture qui sont nécessaires à la compréhension de certaines idées.  Mais plus important encore, que ces transformations en viennent à diminuer notre capacité à concevoir et à exprimer notre réalité.

Pour répondre à la question qui coiffe cette entrée de blogue, je ne crois pas que l’hyper textualité nous abrutira l’esprit.  Elle engendrera assurément des changements importants et il est probable que certaines inquiétudes de Carr se concrétiseront, du moins en partie.  Mais ces transformations entraîneront aussi de nouvelles possibilités insoupçonnées qui porteront l’humanité vers une nouvelle étape de son évolution.  L’arrivée de l’écriture et de l’imprimerie a suscité son lot d’inquiétudes.  Qui peut en nier les énormes bénéfices?

Sources

COHEN, Daniel J. et Roy ROSEINGBERG, «Exploring History on the Web : Exhibits, Films, Scholarship, ans Essays » dans Digital History: A Guide to Gathering, Preserving, and Presenting the Past on the Web, Philadelphie, University of Pennsylvanie Press, 2006. <http://chnm.gmu.edu/digitalhistory/exploring/3.php­­­­>(20 septembre 2011)

CARR, Nicolas, «Is Google making us stupid, what the internet is doing to our brains», The Atlantic Magazine, juillet/août 2008,  <http://www.theatlantic.com/magazine/archive/2008/07/is-google-making-us-stupid/6868/>  (20 septembre 2011)