Un moment de l’histoire du livre électronique: Gutenberg-e

J’en avais glissé quelques mots lors de mon exposé sur le livre électronique, mais je tenais à parler un peu plus en détail de Gutenberg-e (ne pas confondre avec le Gutenberg Project).

Ce projet fut initié par Robert Darnton, alors président de l’American Historical Association (AHA), dont j’ai parlé dans mon deuxième blogue. C’est un projet qui est abandonné depuis plusieurs années, mais il nous en apprend néanmoins beaucoup sur la relation entre les historiens, leurs publications et le web.

La conception du projet est entamée dès 1997, mais c’est lorsque Darnton devient président de l’AHA en 1999 qu’il se concrétise. Le but principal était « de créer et de tester un modèle pour la publication » (Darnton, p.185), mais aussi de revivifier la monographie en histoire et aider les jeunes chercheurs à publier.

Au-delà de l’aspect économique, Darnton savait qu’il aurait à faire face à un problème majeur : le conservatisme des historiens. Il s’agissait donc de publier les meilleures thèses, les bonifier avec des liens, des images, du son, et de les publier avec le plus grand soin. Le scepticisme des académiciens ne pourrait alors qu’acquiescer à la valeur scientifique d’une telle publication, car même au début des années 2000, pour plusieurs, une monographie équivalait nécessairement à un livre papier.

Autre difficulté une fois le projet mis en marche : peu de candidats répondirent à l’appel! En effet, il semblerait que les directeurs de thèse déconseillèrent à leurs doctorants un tel concours : leur éventuelle publication en ligne n’était pas assurée d’être considérée sérieusement par le monde académique.

Il fallut alors que se développe un protocole pour rendre compte des publications en ligne et prendre le temps d’envoyer des copies imprimées aux critiques réfractaires à l’idée de les lire en ligne. Évidemment, une fois qu’une première critique « sérieuse » d’une des monographies parut dans une revue scientifique, l’édition électronique avait fait un déjà grand pas vers la reconnaissance. Il reste qu’aujourd’hui, malgré l’avancement de la technologie pour la lecture en ligne ou sur tablette, plusieurs sont encore réticents.

Une fois les candidats gagnants ayant été déterminés, on se surprit de réaliser que l’écriture d’un livre électronique leur demandait deux fois plus de temps! Ainsi, la souscription des bibliothèques était en péril, car elles ne recevraient pas suffisamment d’ouvrages pour leur argent. Malheureusement, les subventions au programme cessèrent en 2005 et ce fut la fin du projet. Rachetées par Columbia University Press, les 35 monographies produites par Gutenberg-e sont aujourd’hui accessibles gratuitement.

Difficile de dire que Gutenberg-e fut une réussite, mais il a certes publié d’excellents ouvrages selon les critiques, il propose aussi différents types de modèles pour les monographies électroniques et, surtout, il a débroussaillé les étapes de la publication scientifique académique.

Visitez le site, malgré sa fonction « search » tout à fait inefficace, il y sûrement un titre qui piquera votre curiosité!

DARNTON, Robert, « Gutenberg-e », Apologie du livre. Demain, aujourd’hui, hier, Paris, Gallimard, 2001 [2009],p.185-195.

Gutenberg-e, http://www.gutenberg-e.org/index.html, consulté le 6 décembre 2011.

 


2 commentaires on “Un moment de l’histoire du livre électronique: Gutenberg-e”

  1. mariezzz dit :

    J’ai consulté quelques publications sur le site Gutenberg-e.org et c’est vrai qu’il est intéressant de voir comment elles se distinguent des monographies imprimées. Par exemple, on retrouve des vidéos, des témoignages audio, beaucoup de photographies et chaque référence est systématiquement liée à une note en bas de page. Je comprends mieux pourquoi certains auteurs prennent deux fois plus de temps à la préparation d’un document en ligne! Toutefois, j’ai remarqué que ces ouvrages sont inégaux dans l’utilisation de ces technologies, certains exploitent une grande variété d‘outils tandis que d’autres se limitent à intégrer sporadiquement que quelques photographies. De plus, j’ai constaté à plusieurs endroits que des liens accédant à des photos et tableaux ne fonctionnaient pas et plusieurs liens menant à des sites web externes annoncent des messages d’erreur. Est-ce que les documents en ligne sont plus durables que les ouvrages imprimés ? La question se pose, car pour conserver la qualité – et la particularité!- de ces documents, il faut absolument qu’un entretien technique régulier soit effectué.

    Marie-Josée S.

  2. gaia23 dit :

    C’est dommage que les historiens n’aient pas répondu à l’appel, car il s’agissait d’un projet fort intéressant. En effet, cela aurait pu devenir une base de données d’envergure dans laquelle les chercheurs comme les étudiants auraient pu connaître les plus récentes recherches de nos pairs, les tendances actuelles en histoire.
    Par ailleurs, votre entrée de blogue m’a amené à me questionner sur la diffusion des mémoires et des thèses des étudiants de l’UQAM.
    Ainsi, les travaux des étudiants uqamiens sont donc disponibles sur le dépôt institutionnel de l’UQAM Archipel (http://www.archipel.uqam.ca/). Les mémoires et thèses sont mis en ligne depuis 2005, mais leur entrée est devenu plus systématique à partir de 2008, il faut toutefois que l’étudiant ait donné son accord. Soulignons également que la base de données contient également diverses publications scientifiques rédigées par les professeurs de l’UQAM.
    Pour rechercher une publication, il y a l’option « recherche simple » où l’on peut chercher de manière traditionnelle, par le nom de l’auteur, le titre, les mots-clés ou encore la date de publication. Par ailleurs, dans l’onglet « Repérage » il y a une autre option qui s’offre à nous. En effet, il est possible de chercher les publications en fonction de leur unité d’appartenance. C’est ainsi que pour le département d’histoire, il y a 258 documents archivés.
    Finalement, l’une des bibliothécaires de l’UQAM m’indique qu’il y a une volonté de numériser les thèses et les mémoires de l’ensemble de la communauté uqamienne du passé, toutefois le processus se complique dans la mesure où il faut demander l’autorisation de reproduction et de diffusion aux anciens élèves.

    Cloé C.


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