Du bon et moins bon usage de Powerpoint

            À quelques semaines de la présentation de nos recherches en classe, il me semblait approprié de traiter du logiciel de présentation Powerpoint que plusieurs d’entre nous utiliserons sans doute, les uns pour agrémenter la présentation, les autres pour l’enrichir, d’autres encore pour la résumer. Quelle est donc l’utilisation adéquate de PowerPoint ?

            Le logiciel PowerPoint, Presenter initialement, a été conçu en 1987 et fut acheté, la même année, par Microsoft Corporation. Depuis 1990, PowerPoint est l’une des applications offertes par la suite Office. Cet outil sert essentiellement à créer un diaporama, une suite de diapositives à contenu varié (textes, images, vidéos, contenu audio, graphiques, cartes) qui est généralement diffusé par un projecteur et qui se destine à un auditoire donné.

            Inoffensif à première vue, le logiciel, du moins l’utilisation qui en est faite, a toutefois de nombreux détracteurs à commencer par Edward R. Tufte, un professeur retraité de sciences politiques, de statistiques et d’informatique de l’Université Yale. Pour lui, il n’y a pas de demie mesure, PowerPoint c’est le mal, tout simplement, comme l’indique le titre de son article publié en 2003. Si le pouvoir corrompt, Powerpoint corrompt complètement, écrit-il acerbement (le jeu de mot est plus savoureux en anglais « Power Corrupts. PowerPoint Corrupts Absolutely. »). Selon Tufte, le logiciel est conçu de manière à favoriser le contenant au détriment du contenu répondant plutôt à une logique de vente qu’à un mode de diffusion neutre de l’information.  

«The speaker, after all, is making power points with bullets to followers. Could any metaphor be worse? Voicemail menu systems? Billboards? Television? Stalin? » E. Tufte

            Le professeur critique par ailleurs l’adoption du logiciel par les enseignants d’écoles primaires, entre autres car PowerPoint privilégie l’usage de mot-clé au détriment de phrases complètes. En tant que statisticien, Tufte est particulièrement virulent avec les outils statistiques du logiciel : « Everything is wrong with these smarmy, incoherent graphs: the encoded legends, the meaningless color, the logo-type branding. They are uncomparative, indifferent to content and evidence, and so data-starved as to be almost pointless. Chartjunk is a clear sign of statistical stupidity » écrit-il d’un ton acerbe.

            Plus récemment, l’utilisation, plutôt la surutilisation, du logiciel par l’armée a été vertement critiquée par certains de ses membres dont le Général H.R. McMaster. Ce dernier estime que les présentations PowerPoint peuvent être dangereuses dans la mesure où elles créent une illusion de compréhension de même qu’une illusion de contrôle. Il ajoute, à juste titre, que certaines choses de ce monde ne sont pas « pointisables » (« bulletizable »).

            L’emploi du logiciel est généralisé (à outrance ?) dans l’armée américaine, en effet, il semble que toutes les actualités militaires, notamment celles qui concernent la présence américaine en Afghanistan, font l’objet d’une présentation PowerPoint. À tel point que le Lieutenant Sam Nuxoll, commandant d’un peloton en Iraq, interrogé par Company Command, un forum internet consacré à la vie militaire, affirmait sérieusement que le plus clair de son temps, il le passait à concevoir des diaporamas. « I have to make a storyboard complete with digital pictures, diagrams and text summaries on just about anything that happens. Conduct a key leader engagement ? Make a storyboard. Award a microgrant ? Make a storyboard. » Malgré plusieurs critiques, l’usage du logiciel par l’armée est apparemment là pour rester estime le Capitaine Crispin Burke.

PowerPoint Failed

A PowerPoint diagram meant to portray the complexity of American strategy in Afghanistan certainly succeeded in that aim. Elisabeth Bumiller

            En dépit des nombreux reproches, PowerPoint est, à mon avis, un bon outil qui doit toutefois être utilisé intelligemment. Il faut d’abord garder à l’esprit que le diaporama est complémentaire à une présentation orale, il ne doit pas en être un substitut. Il ne devrait en aucune façon remplacer l’interlocuteur dont le discours demeure le principal centre d’intérêt (même si on préfère que les yeux de notre auditoire soient rivés sur l’écran plutôt que sur nous-mêmes !).

            L’utilisation de mot-clé pour résumer les grandes lignes de la conférence peut être tout à fait convenable. Toutefois, ceux-ci doivent être mis en contexte car la présentation point par point ne permet pas de faire la connexion entre différents concepts, de même qu’elle ne spécifie pas le niveau d’importance des différents points, ils sont, présentés en liste, tous sur le même pied d’égalité. De plus, ils ne sont pas très spécifiques. Inversement, il faut se garder de mettre trop d’informations sur une seule diapositive, on perdrait ainsi le focus de l’auditoire qui cherche à démêler l’information.  

            Finalement, il est très facile de perdre son temps à concevoir des PowerPoint que plusieurs d’entre nous voudront esthétiques. Certes, l’apparence est importante, mais elle est secondaire au contenu. « Presentations largely stand or fall on the quality, relevance, and integrity of the content. If your numbers are boring, then you’ve got the wrong numbers. If your words or images are not on point, making them dance in color won’t make them relevant. Audience boredom is usually a content failure, not a decoration failure. » (E. Tufte)

Cloé C.

Pour plus d’informations sur les différentes fonctions du logiciel PowerPoint et sur son utilisation, vous pouvez visiter le site (complet mais combien infantilisant) suivant :

« PowerPoint in the classroom », actDEN. Digital Education Network, 2009, http://www.actden.com/pp2007/, (21 novembre 2011).

 

BUMILLER, Elisabeth, « We Have Met the Enemy and He Is PowerPoint », The New York Times, 26 avril 2010, http://www.nytimes.com/2010/04/27/world/27powerpoint.html, (21 novembre 2011).

TUFTE, Edward, « PowerPoint is Evil »,Wired, septembre 2003, http://www.wired.com/wired/archive/11.09/ppt2.html, (21 novembre 2011)

« Microsoft Office PowerPoint », Wikipédia, l’encyclopédie libre, 27 mars 2010, http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Microsoft_Office_PowerPoint&action=history, (21 novembre 2011)


2 commentaires on “Du bon et moins bon usage de Powerpoint”

  1. Personnellement, je crois que le docteur Tufte y va un peut fort en affirmant qu’il s’agit d’un outil de corruption. Powerpoint est un outil servant à créer des supports visuels pour des présentations, ni plus, ni moins. De mon point de vue, il doit servir d’aide-mémoire et de ligne directrice, mais en aucun cas il doit servir de présentation en soi. Autrement dit, nous ne sommes pas sensés retrouver l’intégral du texte du présentateur dans le présentiel. Le fait de mettre des points fournit les éléments dont l’orateur traite et structure sa pensée pour son public. Si nous mettons le texte intégral, cela ne sert à rien de présenter, parce que de toute façon, notre public sera plus occupé à lire le présentiel qu’à nous écouter.

    En résumé, je crois qu’un Powerpoint bien fait ne fait que résumer brièvement la pensée de son auteur en de courts points. Ainsi, il faut être présent à la présentation pour comprendre le présentiel. Conséquemment, si les présentiels sont trop complets, cela n’incite pas à suivre la présentation.

  2. Tufte (1) en utilisant l’expression Power Point pour désigner un type de diaporama et non un logiciel en particulier, visait également les logiciels Impress de Libre Office et Open Office, et Presentations de Lotus Symphony dans son pamphlet.
    En constatant que dans « PowerPoint is Evil », Tufte avait omis d’aborder précisément les avantages de l’utilisation ce type de présentation pour les personnes atteintes de troubles cognitifs, en cherchant de la littérature sur le sujet, j’ai découvert « The Cognitive Style of PowerPoint: Slides Are Not All Evil» (2) de Jean-Luc Doumont.
    Dans cet article, l’auteur mentionne que les  »Power Point » peuvent êtres utiles pour les personnes qui ne maîtrisent pas parfaitement la langue utilisée par l »orateur lors de sa présentation.
    Cet outil pédagogique peut être très utile pour les personnes distraites par le bruit ambiant et celles avec une déficience auditive peuvent bénéficient de cette technologie.
    Dumont (2) ne se limite pas de répliquer aux propos diabolisants de Tufte au sujet de  »Power Point », il informe sur les avantages reliés à leur utilisation, mentionne des erreurs commises lors de leur préparation et prodigue des conseils pour effectuer des présentations efficaces.

    Carl Roberge

    (1) TUFTE, Edward, « PowerPoint is Evil »,Wired, septembre 2003, http://www.wired.com/wired/archive/11.09/ppt2.html,(21 novembre 2011).

    (2) DOUMONT, Jean-Pierre, « The Cognitive Style of PowerPoint: Slides Are Not All Evil », Technical Communication, Humanities Module, février 2005, 52,1, http://mit.edu/5.95/readings/doumont-responds-to-tufte.pdf, (21 novembre 2011).

    ©Carl Roberge, 2011.


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