L’achat de mots clés

Dans les derniers jours, le gouvernement québécois a acheté certains mots clés sur Google. En effet, lorsque l’on inscrit les mots « grève étudiante », « manifestation étudiante » ou les acronymes des principales associations étudiantes (FECQ, FEUQ et ASSE), le premier site qui est suggéré est un site gouvernemental qui explique les raisons de la hausse des frais de scolarité. Il ne s’agit pas de faire un débat sur cet acte gouvernemental (que certains décrient avec véhémence, alors que d’autres crient au génie), mais bien d’explorer cette avenue de plus en plus profitable de faire du marketing.

Depuis quelques années, Google permet l’achat par quiconque de mots-clés ou des expressions pour permettre de faire de la publicité. Il s’agit de la technique Adwords. Ainsi, selon la fréquence d’une recherche d’un mot-clé, on peut établir la valeur de ce dernier. Ainsi, plus il est recherché, plus il coûte cher. Par exemple, selon Vincent Larouche de cyberpresse, l’acronyme FEUQ, qui est recherché environ 1000 fois par mois, coûterait une dizaine de sous, alors celui de l’ASSE, qui compte environ 18 000 requêtes par mois (puisqu’il sert à d’autres organismes), coute environ 79 sous. Une tactique très payante pour Google et qui permet à quiconque de devancer ses concurrents dans la liste de suggestions fournie par Google. Conséquemment, en achetant ces expressions pour les lier avec ce site, le gouvernement s’est assuré que leur site devance celui des associations étudiantes.

De plus, depuis septembre 2010, une compagnie peut même acheter les droits sur les mots-clés d’un produit appartenant à une compagnie concurrente et rediriger des clients potentiels de ce produit vers le site de la première entreprise. Bien que l’Union des annonceurs dénonce cette pratique, qui encouragerait la publicité déloyale et la dévaluation de produits par des concurrents, Google autorise cette méthode. Ainsi, le système Adwords est devenu un incontournable du marketing électronique.

En somme, il est possible d’acheter des mots-clés pour promouvoir ses propres intérêts au détriment de ses concurrents ou de ses adversaires politiques. Je conclue sur cette réflexion : puisque Adwords crée une nouvelle dynamique publicitaire, sommes-nous à l’aube d’une ère où, pour consulter la page d’un candidat électoral, il faudra trier toutes les pages liées à ses adversaires au préalable?

 

Sources :

Vincent Larouche. Québec achète « grève étudiante » sur Google. http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/education/201111/11/01-4466986-quebec-achete-greve-etudiante-sur-google.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4466319_article_POS7 (11 novembre 2011)

Le Monde. Google assouplit l’achat de mots-clefs. http://www.lemonde.fr/technologies/article/2010/09/14/google-assouplit-l-achat-de-mots-clefs_1411101_651865.html (11 novembre 2011)

Web-solutions. Achat de mots clés. http://www.web-solution-way.be/1-referencement/5-achat-de-mots-cles.html (11 novembre 2011)

Webwep. Achat de mots clés. http://www.webwep.com/achat-de-mots-cles-google-yahoo-msn.html (11 novembre 2011)


3 commentaires on “L’achat de mots clés”

  1. […] Achat de mots-clés de “compétiteurs/adversaires” Adwords […]

  2. guiruel dit :

    Merci chers François d’illustrer comment les organisations politiques peuvent – à tort ou à raison – user de subterfuges informatiques pour faire valoir leurs idées ou encore de dépeindre celles de leurs adversaires. À cet égard, lors de la campagne électorale québécoise de 2007, le Parti libéral du Québec avait acheté sur le site Google AdWords les noms de plusieurs candidats des partis adverses. Ainsi, en tapant le nom d’un candidat adéquiste ou péquiste, il se pouvait qu’une annonce du PLQ surgisse en marge des résultats avec une phrase publicitaire.

    Ce subterfuge est également utilisé par des sites de contrefaçon qui se servent de Google AdWords pour vendre leurs produits. Ainsi, dans la sphère économique, le géant du net a dû mettre des dispositifs en place pour rassurer les dépositaires de marques contre de tels abus. Dans la sphère politique, cela est moins vrai.

    Il faut s’interroger sur le caractère moral de telle action de la part des acteurs politiques. Il ne faut donc pas se surprendre du cynisme de la population à l’égard du personnel politique. Mais pour ses derniers, la fin justifie les moyens!

    Il sera donc interéssant d’analyser comment les organisations politiques utiliseront le web dans le futur. Je crois qu’ils n’ont pas fini de nous surprendre!

  3. Pour faire écho à la conclusion de cet article, je vous propose un exemple tiré de la politique étatsunienne. Si, comme moi, vous vous intéressez à la scène politique de notre voisin au sud et plus particulièrement à la campagne à l’investiture présidentielle du parti républicain, vous êtes sans doute impressionnés par la vigueur intellectuelle (?!?) des candidats en lice.

    Parmi cette brochette impressionnante de politiciens obscurantistes, un se démarque du lot : Rick Santorum. En 2003, il a comparé les relations sexuelles entre deux personnes de même sexe à la pédophilie et la bestialité. En réponse à ces déclarations, le commentateur et blogueur Dan Savage a demandé à ses lecteurs de trouver une définition alternative au mot «Santorum». Je vous épargnerai la définition retenue. Savage a ensuite mis en ligne un site évoquant la définition alternative. Jusqu’à cet automne, le site de Savage apparaissait en tête des résultats lorsqu’on inscrivait «Santorum» dans la plupart des moteurs de recherche. (Il arrive en troisième place sur Google en date d’aujourd’hui.)

    Même s’il n’est pas directement question d’Adwords (quoiqu’il ait joué un rôle mineur) dans cet exemple, on peut clairement constater que Google est devenu un champ de bataille idéologique, qui, inévitablement sera appelé à prendre de l’ampleur dans les années à venir.

    Pour un résumé du «Google bombing» de Santorum :
    http://en.wikipedia.org/wiki/Campaign_for_%22santorum%22_neologism

    Le site de Savage, ATTENTION : propos possiblement choquants (et surtout dégeux!)
    http://spreadingsantorum.com/


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