Les « soap opera » historiques et leur diffusion sur le web: un plaisir coupable?

Les « soap opera », ou romans-savons, se déroulant sur un fond historique se font de plus en plus populaires. La série The Tudors est sans doute l’une des plus connue et son succès a été tel que la chaîne de télévision américaine Showtime l’a remplacée par une autre série du même style en 2011. Cette nouvelle série, The Borgias (Les Borgias), se déroule dans l’Italie de la Renaissance durant la papauté d’Alexandre VI (Rodrigo Borgia), l’un des papes considéré comme le plus corrompu de l’Histoire (il aurait acheté les votes de son élection, avait une famille nombreuse et entretenait plusieurs maîtresses…). Un seul coup d’oeil sur l’affiche publicitaire de la série donne un bon aperçu du ton de la série: Le roman-savon historique est aussi populaire en Turquie, où la série Muhteşem Yüzyıl (Le siècle magnifique) a fait son apparition en 2011. La série se déroule durant le règne du sultan Soliman le Magnifique, et intrigues politiques et intrigues du harem s’entremêlent.

Grâce au web, les séries télévisées ont connues une bien plus grande diffusion à travers le monde. Les communautés de sous-titrage sont très actives et l’accès aux séries étrangères n’a jamais été aussi facile. Dans cette situation, on peut se demander à quel point la diffusion de ces séries informe, ou plutôt désinforme les gens sur l’Histoire. L’exemple de la série turque est intéressant. Pendant longtemps la période ottomane était considérée comme un passé duquel les Turcs devaient s’éloigner.  La série s’inscrit dans un mouvement de retour de l’intérêt pour la passé des Turcs, mais ce passé est dépeint d’une façon qui ne plait pas à tous. Par exemple, les femmes du harem sont tout sauf des femmes voilées et obéissantes et le sultan boit parfois du vin, chose interdite par l’islam (un interdit peu respecté tout au long de l’histoire musulmane). Les débats sont donc virulents entre puristes, qui voient la série comme une diffamation d’une période glorieuse de leur histoire, et les autres qui voient d’un bon oeil la présence de ces réalités. Malheureusement, les exigences de l’élaboration du scénario de ces séries obligent les scénaristes à inventer, voire modifier certains éléments de l’histoire. L’auditeur peu avisé, par exemple quelqu’un qui ne connait pas l’histoire du pays où se déroule l’action,  pourrait donc être souvent victime de désinformation. Par contre, s’il ne s’attache pas aux détails scénaristiques, il pourrait en apprendre beaucoup sur une civilisation ou une région auparavant inconnue. Les romans-savons font ils plus de bien que de mal à la diffusion de l’Histoire? La question reste ouverte. Pour l’instant, ces séries restent pour moi un plaisir coupable…

Jean Lou Castonguay

Sources des images:

Les Borgias : http://www.imdb.com/title/tt1582457/

Muhteşem Yüzyıl: http://devam.hypotheses.org/1133


3 commentaires on “Les « soap opera » historiques et leur diffusion sur le web: un plaisir coupable?”

  1. Rendre ces films et ces séries télévisuelles historiquement crédibles , n’est pas la priorité principale pour les producteurs puisque ceux ci doivent répondre aux exigences des distributeurs et chaines de télé en quête de spectateurs pour rentabiliser leurs investissements.
    Pour ce faire , ils offrent sur le marché un produit divertissant soit pour remplir les salles de cinémas ou soit faire grimper les côtes d’écoute.
    Produire de quoi de divertissant , signifie pour eux de capter l’attention des téléspectateurs en leur faisant vivre une gamme d’émotions lorsqu’ils sont devant le grand ou le petit écran , tout comme ça se fait au théâtre.
    Et ils font se rappeler qu’ils ont ris et pleuré , en bref que ça les a touché.
    Dans le domaine télévisuel ; les budgets alloués étant moins élevés qu’au cinéma , les diffuseurs jouent la carte de la nostalgie en présentant principalement des productions dont l’action se déroule pas trop loin dans le temps afin de raviver des souvenirs chez ceux et celles qui ont connu ces époques : peu importe , si quelquefois ça sombre dans le grotesque , caricatural et anachronisme.
    La majorité des spectateurs ne prêtent pas attention au fait que le tirage d’une Chevette est annoncé sur la boite de céréales de Ti Coune ( Le Temps d’une Paix ) , pas plus que certaines actrices dans Hercules semblaient tout droit sortir d’un spectacle de Las Vegas , pas plus que des figurants arboraient une coupe Longueuil dans des productions se situant entre les deux guerres , pas plus que des actrices affichaient leurs bienfaits de la chirurgies esthétiques dans une série du moyen âge , pas plus que des dialogues contenaient des expressions populaires trente ans plus tard et voir cinquante ans plus tard, pas plus que de voir des machines en tous genres crées quelques années plus tard et sans oublier la rencontre avec des personnages historiques qui se trouvaient à des milliers de kilomètres à cette époque ou qui étaient encore en culottes courtes.
    Par contre , ils y en a qui se souviennent : du poêle à bois de Séraphin qui était pareil à celui de leurs grands parents ; que dans le temps tout le monde allait à la messe ; de la Crise d’Octobre, de l’Expo 67 , des Olympiques , de la mise en chantier des projets hydroélectriques à la Baie James , du 15 novembre 1976 , des référendum , de Duplessis ; de René Lévesque et de Gerry Boulet.
    Des souvenirs qui ne se limitent pas à des souvenirs personnels , mais qui contiennent des évènements historiques qui ont marqués le Québec ce qui touche la mémoire collective des Québécois.
    Malgré le fait qu’il s’agit d’oeuvres basés sur des faits historiques ou contenant des références historiques et non des documentaires historiques , je crois que le contenu historique a surement poussé certains à s’intéresser à l’Histoire et pourrait avoir allumé en eux et chez d’autres une prise de conscience politique.

    En conclusion , les  »soap opera » historiques peuvent s’avérer une base de vulgarisation de l’Histoire ; ce qui peut inévitablement amorcer une soif de connaissances dans ce domaine.
    C’est aux téléspectateurs intéressés de décider des moyens qu’ils prendront pour en savoir plus…

  2. noushkadum dit :

    Je trouve ton article très intéressant. Les séries télévisées connaissent en effet un succès fulgurant sur le web. Grâce à internet, la diffusion des séries télévisées est facilitée. On peut en effet choisir le moment pour les regarder, sans être obligé d’attendre le jour précis de la diffusion. Ainsi l’utilisation des « soap operas » historiques permet d’une certaine manière de faciliter la diffusion de l’Histoire auprès des spectateurs. Cela ne permet pas de les informer précisément sur la période historique en question, mais cela les sensibilise tout de même.

    Les séries télévisées n’ont pas pour objectif d’informer et d’enseigner aux téléspectateurs des évènements historiques, à la différence par exemple des documentaires. Elles inscrivent leurs fictions dans un contexte historique particulier, mais l’objectif premier est de divertir le téléspectateur. C’est pourquoi il peut y avoir de nombreuses erreurs (anachronismes, faits inexacts…) Les « soap operas » historiques sont donc à regarder avec un peu de recul, tout en restant sceptiques face à son contenu.

    Cependant, il peut-être pertinent d’étudier en tant qu’historien l’évolution de ces séries télévisées. En effet, le discours historique diffusé à travers les séries télévisées dévoile des éléments d’informations non seulement sur l’époque raconté, mais surtout sur le présent, la période ou cette série a été tournée. Je pense à des séries télévisées comme Camelot, série télévisée anglaise qui revisite la Légende du Roi Arthur. À travers l’histoire du Roi Arthur, il est possible de constater une manière de pensée très contemporaine: contre la peine de mort, droit à la justice, un héros qui n’est pas parfait et qui fait aussi des erreurs.
    Je ne pense pas que ce soit de la désinformation, mais simplement une manière de relier la série au présent.

  3. Je dois avouer que c’est un peu un plaisir coupable pour moi aussi. Je pense qu’il serait naïf de nier la manipulation idéologique qui se cache parfois derrière certaines oeuvres cinématographiques (pensons aux films d’Eisenstein, de D.W. Griffith ou de Riefenstahl). Je ne sais pas pour la série télévisée Le siècle magnifique, mais j’ai un peu de difficulté à voir de la désinformation dans The Borgias (les excès historiques de la papauté ne sont pas un secret pour beaucoup de monde il me semble?). Certes, on peut répertorier les inexactitudes dans nombre de séries télévisées ou films historiques (pensons à la série Rome ou au film Kingdom of Heaven pour les anachronismes), mais est-ce que infidélité historique signifie nécessairement désinformation? Les inexactitudes historiques dans les oeuvres cinématographiques ou télévisuelles n’impliquent pas automatiquement une volonté de donner une fausse image de l’histoire. Je crois que c’est l’intention de l’auteur (ou du producteur, réalisateur, etc) qui rend possible la désinformation… et cela peut être parfois difficile à déterminer.
    À bientôt,


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