Faire une recherche historique avec des témoignages récupérés en ligne.

Pour n’importe quel chercheur en histoire, travailler en ligne offre bien des avantages, comme la possibilité de rejoindre un grand nombre de personnes. Lorsque le chercheur désire travailler à partir de témoignages d’individus, il peut très bien lancer une invitation en ligne à tout le monde afin qu’ils participent aux témoignages. Ces derniers permettront la création de l’histoire grâce aux souvenirs que les gens avaient dans leur mémoire. Par contre, il est évident que faire appel à des témoignages pour faire une recherche historique a ses bons côtés, tout comme ses mauvais côtés. Alors, inviter en ligne les gens à raconter leurs souvenirs ou expériences est-elle risquée comme idée?

Il y a deux côtés à la médaille. Tout d’abord, quelqu’un qui raconte ce qu’il a vécu est un avantage dans une recherche en histoire. La personne est un témoin direct. Elle sait de quoi elle parle puisque c’est son vécu. Elle peut raconter toutes sortes de choses que bien d’autres sources n’auraient pas été en mesure de dire. Le chercheur en histoire qui invite en ligne les gens à témoigner sur un sujet précis aura accès à plusieurs individus en provenance de partout dans le monde. Le bassin d’échantillon sera alors plutôt élargie puisque le chercheur ne se sera pas limité à quelques témoins trouvés ici et là en dehors du web. De plus, les gens témoignant par écrit en ligne plutôt qu’en parlant face à face avec le chercheur auront, dans certains cas, plus de faciliter à raconter leurs souvenirs. Ils ne se sentent pas nécessairement gênés d’écrire parce qu’ils ne voient pas à qui ils s’adressent.

D’un autre côté, le chercheur qui désire faire son travail à l’aide de témoignages récupérés en ligne suite à une invitation à tous doit être prudent. En effet, n’importe qui peut écrire n’importe quoi juste pour le plaisir d’avoir de l’attention. Il est vrai qu’il sera probable que la majorité des répondants donnera des témoignages véridiques, mais il y aura toujours une poignée de gens malhonnêtes. À cause de ceux-ci, le chercheur devra spécifier dans son travail que cette possibilité existe, surtout qu’il lui est impossible de vérifier à 100% la véracité de tous les témoignages lorsqu’il y en a une très grosse quantité. Par ailleurs, que ce soit des gens honnêtes ou non, la mémoire est malheureusement une faculté qui oublie. Donc, ce que les témoins racontent oralement ou par écrit n’est pas complètement fidèle à ce qui s’est passé dans la réalité. Une fois encore, le chercheur devra spécifier ce détail, mais, de toutes manières, l’histoire a toujours été quelque chose d’approximatif à la réalité.

Bref, en tant que chercheurs en histoire, pouvons-nous utiliser des témoignages récupérés en ligne? C’est possible de le faire, mais il faut être conscients des forces et des faiblesses de cette méthode. Il ne faut pas prendre pour acquis que tous ces gens qui répondront à l’invitation de raconter leur vécu quant à un sujet témoigneront tous nécessairement la vérité et que cette dernière sera fidèle à la réalité historique. Autrement dit, utiliser des témoignages récupérés en ligne n’est pas plus parfaite comme idée que l’utilisation de n’importe quelle autre source.

Isabelle L.

Sources:

COHEN, Daniel J., «History and the Second Decade of the Web», dans Rethinking History, Vol. 8, No. 2, Taylor &amp; Francis Ltd, Juin 2004, pages 293 à 301. <http://www.dancohen.org/files/hist_2nd_decade_web.pdf>.

COHEN, Daniel J. et Roy ROSEINGBERG, «Collecting History Online» dans Digital History: A Guide to Gathering, Preserving, and Presenting the Past on the Web, Philadelphie, University of Pennsylvanie Press, 2006. <http://chnm.gmu.edu/digitalhistory/collecting/index.php>.


One Comment on “Faire une recherche historique avec des témoignages récupérés en ligne.”

  1. Jean-Nicolas Raymond dit :

    J’aime bien cette entrée de blog, pariculièrement parce qu’il s’agit d’un problème tout à fait réel pour certains types d’histoire. Dans mon cas, je pourrais tenter de contacter un plus grand nombre de vétérans (ou du moins leurs enfants) pour me constituer une plus grande base de témoignages. L’idée est très intéressante.

    Une petite chose que je rajouterais à l’entrée même, c’est que le témoignage n’est jamais une source complètement fiable autant en ligne qu’en personne. Ainsi, je ne crois pas qu’il s’agisse d’un véritable danger en ligne puisque le problème de faux-témoignage est aussi possible en personne. Peut-être même que le fais d’avoir accès à un plus grand nombre de témoignages permet même de diminuer la marge d’erreur possible.

    Jean-Nicolas


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