Les bibliothèques numériques : une réflexion s’impose

Le WEB regorge de plus en plus de sites spécialisés qui mettent en ligne une multitude d’archives que nous pouvons consulter bien confortablement installé chez soi. Ces bibliothèques numériques sont parfois accessibles gratuitement (en totalité ou en partie selon les bibliothèques) alors que pour d’autres, l’utilisateur doit devenir membre moyennant un coût. Gallica (http://gallica.bnf.fr), Bibliothèque et archive Canada (http://www.collectionscanada.gc.ca/index-f.html), Bibliothèque nationale du Québec (http://www.banq.qc.ca/accueil), la Bibliothèque numérique mondiale (http://www.wdl.org/fr) en sont quelques exemples.

Les archives en lignes font le bonheur des historiens, car nous avons maintenant accès à une multitude de sources primaires sous format numérique. La recherche historique au niveau des sources en est grandement facilitée par les outils informatiques qui peuvent être utilisés lors de la consultation de ces archives (la recherche plein texte par exemple). Les avantages des ces bibliothèques virtuelles pour la recherche historique sont nombreux et leur utilité n’est plus à prouver.

Cependant, l’historien doit demeurer prudent quant à l’utilisation des sources en lignes dans le cadre de ses recherches. Donald Fyson, professeur en histoire à l’université Laval, soulève un point important dans son article « À la recherche de l’histoire dans les bibliothèques numériques. Les leçons de Notre mémoire en ligne» concernant l’utilisation des bibliothèques numériques dans le cadre de recherches d’envergures en histoire.

Ainsi, l’historien se doit de se questionner sur les critères de sélection qui ont mené à la constitution de la collection mise en ligne. Les bibliothèques étant limitées au niveau de ce qu’elles peuvent numériser et mettre en ligne par des impératifs d’ordre financier ou linguistique par exemple, elles doivent donc faire des choix. En faisant ainsi des choix au niveau des sources présentées, le portrait présenté de l’histoire par ces sources est nécessairement incomplet.

Dans son article, Donald Fyson fait cet exercice critique au niveau de la bibliothèque numérique Notre mémoire en ligne (NML) (http://www.canadiana.ca/fr/abonnernml). Il décortique donc les différents corpus qui composent la collection de NML pour nous démontrer que les choix des collections présentées amènent une certaine distorsion de l’histoire vue au travers de ces sources. Par exemple, le choix de NML de ne présenter que des documents imprimés produits majoritairement par les instances fédérales après 1867 aura pour effet de ne donner qu’une vision incomplète de la période étudiée; celle du gouvernement fédéral. De même que le choix de NML de ne mettre que des textes français dans la collection traitant de l’histoire du Canada français nous prive d’une vision importante de cette période, celle des anglophones.

Le message de Fyson ici n’est pas de ne plus utiliser les bibliothèques numériques dans le cadre de recherche sous prétexte que la vision de l’histoire présentée par les sources mises en ligne est tronquée par les critères de sélection que doivent s’imposer ces dernières dans le choix des sources. Au contraire, ces archives en ligne constituent de formidables outils et facilitent le travail de recherche. Il est cependant primordial, lorsqu’une collection d’une bibliothèque numérique est utilisée dans le cadre d’une recherche, que l’historien s’arrête à réfléchir aux choix des archives présentées par cette collection. Cette réflexion est essentielle afin de comprendre l’orientation et les limites des sources utilisées.

 

Source :                                                                                                                

FYSON, Donald, « À la recherche de l’histoire dans les bibliothèques numériques. Les leçons de Notre mémoire en ligne », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 59, no 1-2, été-automne 2005, p. 95-113. <http://www.erudit.org/revue/haf/2005/v59/n1-2/012721ar.html> (2 novembre 2011).

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One Comment on “Les bibliothèques numériques : une réflexion s’impose”

  1. gaia23 dit :

    L’auteur de cette entrée de blog soulève un bon point. En effet, il faut savoir utiliser intelligemment le contenu des bibliothèques numériques. Il faut non seulement interroger le contenu de telles bases de données, mais aussi les étapes qui ont mené à son aboutissement. Qui a créé cette collection et quels étaient ses motifs ? Est-ce que la collection est exhaustive ? Quels documents ont été mis de côté ? Pour quelles raisons ? L’enquête de l’historien est bien sûr d’étudier une source donnée (analyse interne) dans son contexte de production (analyse externe) mais son travail serait lacunaire s’il ne se questionnait pas sur le mode de conservation de ladite source et la manière dont elle est parvenue jusqu’à lui.

    Concernant la disponibilité des sources primaires depuis le confort de notre chez soi, il me parait utile de souligner un autre désavantage: l’absence de contact direct avec l’archive. Dans son ouvrage « La goût de l’archive » publié par les Éditions du Seuil, l’historienne française Arlette Farge montre, avec une plume fort agréable, combien il est important, pour elle, d’avoir une certaine intimité avec l’archive étudiée. Pour Farge, saisir l’archive entre ses mains, la « compulser », permet une « sensation préhensible des traces du passé » (p.23) , ce que les microfiches (ou, dans notre cas, les bases de données numériques) ne peuvent rendre. Avec l’archive judiciaire, l’auteure a la sensation de pouvoir appréhender le réel directement, de pouvoir toucher au passé (p.18). Cette proximité, ce rapport affectif aux sources se perd lorsqu’on les consulte sur notre écran d’ordinateur ce qui, selon moi, accroit davantage le fossé qui nous sépare de ces gens du passé.

    La recherche plein texte est incontestablement utile à l’historien, mais, encore une fois, elle apporte aussi certains inconvénients. À mon avis, ce type de recherche peut accentuer l’identification, un processus, notamment souligné par Farge (p.88), par lequel l’historien, souvent inconsciemment, est poussé à sélectionner seulement les informations qui confirment ses hypothèses, sans prendre en considération celles qui pourraient les mettre en doute. N’est-il pas aisé de cette façon d’aller chercher les informations qui confortent notre hypothèse en laissant de côté ce qui pourrait la contredire ? L’historien se doit, évidemment, de contrer cette facilité et il peut y arriver notamment un observant son archive dans un contexte plus large.

    En terminant, je vous suggère fortement la lecture du petit bouquin (à peine 150 pages) de Farge qui, à mon avis, a l’avantage de s’adresser aux historiens de tous les champs spatio-temporels.

    Cloé.

    FARGE, Arlette, Le goût de l’archive, Paris, Éditions du Seuil, 1989, 153p.


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